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“Cette présentation n’a pas pour but de révolutionner les connaissances historiques sur une époque bien lointaine ou de faire de savantes démonstrations, mais seulement de vous aider, aimable visiteur, à vous promener autour du Château de Fournier et à imaginer quelques pages de l’histoire que le Château a traversé et que vous pourrez revivre dans votre imagination et peut-être embellir lors de vos promenades aux alentours. L’histoire du château est encore fragmentaire et nous ne pouvons vous proposer que des morceaux épars que vous pourrez suivre, telle Petit Poucet, en reconstituant le lien ténu qui les relie. Ce n’est pas un livre d’histoire et si l’on s’est efforcé de recueillir un maximum de données historiques, aucune analyse critique des sources n’a pu être effectuée, comme l’exigerait la véritable méthode historique.

L’origine du nom Fournier, ou de son orthographe occitane Fournié, n’est pas connue avec certitude. Le nom de Forniés ou de Fornies est porté dans l’Aude. Il désigne une personne originaire d’une localité appelée les Fourniés (Bize-Minervois), un endroit où l’on utilise des fours (à chaux, à métaux etc.). Il y a aussi un lieu appelé les Fourniès à Ganté, en Ariège, dans la commune de Saverdun. Le nom de Fournier, celui qui tient un four à pain, se trouve en Ariège sous la forme de Fournié. Des documents écrits par le propriétaire au 1ge siècle relient ce nom à celui de Jacques Fournier, né à Ganté, qui devint pape sous renom de Benoît XII. Aucun élément antérieur n’est connu. Nous allons voir en quoi consiste ce lien, d’après les éléments dont nous disposons.

Jacques Fournier serait donc né à Canté (Ariège), fils de Guillaume Fournier, un boulanger ou pâtissier (d’où le nom de famille du personnage – on cite aussi le nom de Dufour), entre 1280 et 1285. Toutefois le site Internet d’un mouvement mystico-religieux du Canada “ La Mission de l’Esprit-Saint de St. Paul de Joliette, Québec, Canada ” (http://www. ifrance.com/mission), et ses textes apparemment bien documentés donnent une version différente: Jacques Fournier ne serait que le fils adoptif de Guillaume Fournier, sa véritable mère étant la sœur du pape Jean 22 (ancien prêtre de Cahors). Quant à son père le site donne comme attestée une version bien surprenante. P..Iacé en adoption pendant sa petite enfance, il fut retiré à ses parents adoptifs par le Père-abbé de Boulbonne (Boulbona), à Mazéres, près de Cintegabelle et que l’on présente comme son oncle. Ce moine, Arnaud Nouvel, assura son éducation et l’envoya plus tard à Paris pour y étudier la théologie et le droit tandis que lui-même était nommé à la tête de l’abbaye cistercienne de Fontfroide. De retour dans le midi Jacques Fournier fut à son tour nommé abbé de la riche abbaye de Fontfroide en 1311, succédant à son oncle. En 1317 Jean XXII, également son oncle comme le précise une source, le nomma évêque de Pamiers (en 1317), de Mirepoix (en 1326), Cardinal-Evêque de Ste Prisca. (en 1327). A la mort de Jean XXII, en décembre 1334, le comte de Noailles et le sénéchal Robert d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence, craignant que le nouveau pape ne transporte son siège à Rome, arrêtèrent 24 cardinaux qui se trouvaient à Avignon et les enfermèrent en conclave dans le palais des papes, promettant de ne les libérer que lorsqu’ils auraient élu un nouveau pontife. La majorité des évêques était des français et proposèrent la tiare à Comminges, évêque de Porto, contre un engagement de ne pas déplacer le siège pontifical. Comminges ayant refusé de s’engager, ils élirent celui d’entre eux qui semblait le moins dangereux et choisirent le cardinal Jacques Fournier, dit le Blanc (à cause de son habit) qui fut élu pape en Avignon le 20 décembre 1334 sous le nom de Benoît XII. Son premier commentaire aux cardinaux est célèbre: “ Vous avez choisi un âne pour vous gouverner, mes frères. ” Il fut couronné au prieuré dominicain d’Avignon le 8 janvier 1335. Sa première bulle fut la bulle “ Sicut fulgens ” qui révoquait un certain nombres d’avantages ecclésiastiques. Nous ne détaillerons pas sa vie de pape. Qu’il suffise de dire qu’après une vie d’intrigues, aussi bien politiques que bassement charnelles (voir ses démêlés avec Pétrarque), il laissa un trésor apostolique très important, qui permit à la cour pontificale d’organiser par la suite le retour à Rome du Saint-Siège. Nous ne mentionnerons que son décès, le 25 avril 1342, en Avignon, où il fut inhumé. Peu de temps après il fut canonisé. (G. Daumel : Lettres closes, Patentes et Curiels, Paris 1899. J-M. Vidal: Lettres communes)

Jacques Fournier a mérité sa célébrité actuelle surtout par un document qu’il nous a laissé: Le Registre d’Inquisition de Jacques Fournier, Evêque de Pamiers, (1318- 1325) (Manuscrit latin de la Bibliothèque Vaticane n° 4030, edité par Jean Duvernoy, Toulouse, 1965, en 3 volumes) et aussi traduction en français par Jean Duvernoy, préface de Emmanuel Le Roy Ladurie, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Centre de Recherches Historiques, Civilisations et Sociétés 43. (Paris Ed Mouton, 1978, 3 vol). Voir aussi: Emmanuelle Roy Ladurie, Montaillou, village occitan de 1294 à 1324. (Paris Ed. Gallimard, 1975)

Ce registre est un récit détaillé des interrogatoires menés par Jacques Fournier au cours de ses campagnes d’Inquisition dans la période de 1318 à 1325 et qui, sauf de rares exceptions (Interrogatoires du juif Baruch par exemple) n’interrogea guère sur des points de religion mais plutôt sur les détails de la vie de ses victimes. Son registre est de ce fait une mine de données sociologiques relatives au moyen age. Le lecteur intéressé est renvoyé aux livres cités plus haut.

Les opinions sur Jacques Fournier sont très variables suivant les sources mais il est indiscutable qu’il s’agissait d’un homme très méticuleux. On l’a dit grand et rougeaud, et ayant pris beaucoup d’embonpoint alors qu’il était pape (d’après un bas-relief d’Avignon), (contrairement à Jean XXII qui était petit et maigre). Il a accompli diverses réformes bien venues dans l’église, ce qui ne justifie pas le caractère scandaleux de ses excès. On peut certainement s’étonner de l’importance des protections dont a bénéficié sa carrière.

Toujours est-il qu’en plus des activités contre les “ hérétiques ” cathares, (ou albigeois) il avait un sens de la famille développé et on rapporte qu’il acquit dans la région une propriété pour son neveu.. C’est cette propriété qui constituerait présentement le domaine de Fournier. Cette propriété était à l’époque bien plus étendue qu’elle n’est maintenant et on a pu s’en faire une idée d’après les documents légaux de démembrement.

Ce neveu reste également un personnage énigmatique. Dans l’histoire de Jacques Fournier, il n’apparaît que deux mentions de son neveu. La première, est que Jacques Fournier aurait fait l’acquisition, pour son neveu, d’une propriété dans la montagne (Référence: note dans une documentation réunie par le chanoine Bayle de Pamiers, en vue d’une Histoire du Pays de Foix, au 19e siècle.. Cette note a été communiquée à Adolphe Garrigou), la deuxième est que lors d’une perquisition d’agents du roi Charles V au château de Bézu, (à 7 km à l’est de Quillan), on y trouva le seigneur de Bézu, Guilhem Cathala, sa femme et deux serviteurs en train de frapper illégalement de la monnaie.. Il se trouve que ce Guilhem Cathala était le neveu du pape Benoît XII. L’affaire fut étouffée, bien qu’un agent du roi ait été tué. (Rappelons que Bézu avait été donné comme une commanderie templière avant l’arrestation des templiers peu d’années auparavant, en 1307, s’agit-il d’une affaire d’or des templiers ?). S’agissait-il du même neveu du pape? Un autre neveu du pape fut nommé archevêque d’Arles est n’a peut-être rien à voir avec le château.

Par la suite les évènements ne se rattachent plus guère à des personnages célèbres et l’information n’existe plus qu’en pointillé. Le château semble tomber dans l’oubli, ce qui montre que ses habitants ont eu une vie sans histoires. Des histoires, il yen eut certainement car la région passa alternativement sous la suzeraineté du Roi d’Espagne et sous celle du roi de France. Au dix-neuvième siècle apparaît un document attestant qu’en 1560 Antoine de Longuevergne, seigneur de Florac , maria son fils Pierre à Anne de Fournier. (Origine Un acte notarié attestant l’ancienneté de la noblesse des familles de Florac et de Fournier, document détenu par Me Boyer, ancien notaire à Tarascon vers le milieu du 19e siècle, et communiqué à Adolphe Garrigou par Mr. Emile Berthomieu)

Le château disparaît ensuite dans l’anonymat de l’histoire et semble avoir été réduit à l’état de ruine dès avant la Révolution française. Le 14 avril 1782 il fut vendu par un certain Martin Gardebore de Labat, habitant Foix. L’acheteur était François Garrigou, négociant à Tarascon. Il déblaya les ruines, ne conservant que le donjon et la grande salle commune, reconstruisant le reste en maison bourgeoise. La propriété regagna de la célébrité grâce à son petit-fils, Adolphe Garrigou (env 1800 – env 1860) et à son arrière-petit-fils.